Se nourrir

21 septembre 2020 in Cahier d'enfance

L’heure du goûter. Les berlingots de lait concentré aromatisé, où figurent fièrement Tic et Tac. Fraise, vanille ou chocolat, au choix. C’est notre petit rituel sur la balançoire, entre sœurs. Il y a aussi cette barre de chocolat blanc Galak (celui où il y a le dauphin bleu qui sourit sur l’emballage), habilement glissé dans un petit pain au lait tout juste sorti du sachet. Il est quatre heures. C’est l’heure du goûter. Alors pas de doute, j’ai faim.

C’est notre petit rituel sur la balançoire, entre sœurs.

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Dans la poêle chaude, Maman verse, un à un, le contenu de chaque tupperware du frigo. C’est vendredi. On fait les restes. Les patates, coupées en rondelles pour l’occasion, côtoient le riz, les petits pois, les courgettes baignant dans leur jus aqueux et la dernière tranche de rôti. Cohabitation improvisée, aussi invraisemblable qu’éphémère. Comme le concept n’a pas de nom, on décide de lui en donner un. On appelera ça du « coin-coin ». Naissance impromptue d’un langage ordinaire. Qu’est-ce qu’on mange ce soir, Maman ? Du coin-coin !

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La soupe de légumes de Mamie Lili. On la sent qui mijote dans la cuisine, bien avant l’heure de manger. Les papilles s’en réjouissent déjà. Et puis, à l’heure dite, c’est un rituel. C’est la grande louche en inox, qui plonge dans la cocotte et verse dans chaque assiette une bonne portion du bonheur à venir. Le persil, fraîchement haché, y a été ajouté, juste avant de passer à table. C’est la tiédeur des bons légumes du jardin qui vous coulent dans la gorge. Ca aurait été plus chaud, mais on a tardé à se mettre à table. C’est la pointe de crème liquide que chacun ajoute dans son assiette. Ma grande cuillère y dessine des formes psychédéliques, avant de se résoudre à rendre le mélange homogène. C’est le morceau de pain blanc, que l’on découpe en petits bouts, que l’on éparpille dans l’épais liquide ambré, et que l’on noie grossièrement, pour lui donner plus encore de consistance. Pour faire comme Papi.

2 Comments

  • Remi 21 septembre 2020 at 21:25

    Très beau texte, à la manière de la madeleine de Proust.

    • Carole-Line 24 septembre 2020 at 18:23

      Merci Rémi ! 🙂

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